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Trois ans et demi d'attente, c'est long, mais quand la patience est récompensée par un chef d'oeuvre de la trempe de "Awaken The Reason", on se dit que cela en valait la peine ! Wilfried et Nicolas ont longuement répondu à toutes nos questions, avec l'intelligence et la précision qui se dégagent de leur musique ! Enjoy !
Salut ! Avant d'aborder votre actualité brûlante, quel bilan tirez-vous de la période "Self-Injected Reality" en termes de vente, retour presse, concerts, développement du groupe ?
Wilfried : Cet album est un vrai paradoxe. Nous avons eu de très bons retours de la presse, mais aucun appui de la part de notre précédent label, pratiquement aucune promo. Par conséquent nous avons fait assez peu de concerts et l’album n’a pas eu le succès escompté.
Nicolas : D’un point de vue artistique, cet album nous a permis d’asseoir une certaine vision du métal, mais c’est vrai qu’il n’a pas vraiment été défendu par le label. Même si le groupe doit aussi défendre son produit en collaborant étroitement avec le label, ce n’est pas, à notre sens, à lui de supporter en totalité la charge de travail imposée par toutes ces démarches pourtant vitales. Une collaboration, ça sous-entend une certaine réciprocité.
Trois ans et demi entre les deux albums, c'est le temps nécessaire pour vous ou bien il y a d'autres raisons que le temps de composition ?
N : Le quotidien de chaque membre du groupe prend évidemment une part importante dans l’équation. Aussi motivés et inspirés que nous puissions être, la vie de tous les jours et le système actuel nous ont souvent rattrapé. Ce qui n’est pas forcément un mal car nous avons pu faire preuve d’un peu plus de recul en abordant chaque riff et arrangement de chaque chanson. Il n’est pas vraiment possible de prévoir le temps nécessaire pour un achever un album, mais plutôt de constater le temps et l’énergie qu’il aura fallut pour le terminer.
W : Nous souhaitions vraiment prendre le temps de bien composer "Awaken the Reason", nous ne voulions pas assimiler cet album au précédent. En plus de cela, nous avons subi un changement de guitariste, et après avoir fini l'enregistrement de cet album, la recherche d’un nouveau label fut interminable...
Vous êtes maintenant chez Listenable. Pourquoi ce choix et comment vous êtes vous retrouvés sur un label aussi costaud ?
N : Disons que nous avons eu la chance d’être choisis par l’un des rares labels de qualité pouvant apporter une envergure crédible et développer les aspirations professionnelles des groupes avec qui il travaille. Ils ont accroché à la musique ainsi qu’à l’univers proposé, et c’est une véritable collaboration qui est maintenant en place.
W : Notre objectif était de signer sur un label comme Listenable, c’est à dire un label pouvant apporter une crédibilité au groupe.

Notre objectif était de signer sur un label comme Listenable, c’est à dire un label pouvant apporter une crédibilité au groupe. - Wilfried
Venons-en à "Awaken The reason", comment s'est passé l'enregistrement de ce disque ? Où est-ce que ça a été fait ? Combien de temps ça a pris ?
N : L’enregistrement a eu lieu dans notre studio à JF et moi-même "The Office / The Artist Studio" et a été entièrement géré par JF. Il s’est déroulé en plusieurs étapes, une pour chaque instrument en fonction des disponibilités de chacun. Cela a commencé début 2010 pour se terminer complètement à l’automne 2010. Pas vraiment de galère à signaler, les morceaux ayant été au préalable constamment répétés et rabâchés. Le mixage a ensuite été pris en charge au Split Second Sound Studio par Jochem Jacobs (Textures) achevé enfin par un mastering au West West Side Studio par Alan Douches. Ces deux intervenants ont accompli le meilleur des boulots en apportant cette touche organique bien puissante que nous voulions dès le départ.
L'expérience des albums précédents vous a-t-elle beaucoup servi pour ce disque ou bien avez-vous changé d'approche du studio ?
N : L’approche de l’enregistrement reste sensiblement la même, il faut maîtriser un minimum ses parties pour ne pas subir la multiplicité des prises. Même si nous pouvons être aidés ici ou là par l’outil informatique, nous savions, vu le résultat à atteindre, qu’à trop copier/coller nous manquerions de liants pour rendre le tout suffisamment spontané et uniforme. Il a donc fallu enchaîner les prises et vomir ses tripes. L’approche a surtout changé finalement dans le mixage puisqu’il s’est déroulé dans un véritable studio professionnel avec une oreille fraîche et extérieure à notre petit monde.
Vos compositions sont toujours aussi ahurissantes avec plein de parties différentes. Comment procédez-vous pour arriver à ses assemblages hautement improbables ?
N : La plupart du temps je propose le matériel brut, puis tout le monde se met au travail (si nécessaire) pour finaliser les idées et satisfaire une certaine dynamique de groupe. L’assemblage des parties se fait souvent sur la base d’une tonalité ou d’un changement rythmique. Nous essayons de nous écarter de certains clichés métalliques et privilégions la surprise dans les enchaînements. Il est à mon sens très pénible d’arriver à prévoir "la partie d’après" ou "la cadence suivante" dans un morceau.
W : Lorsqu'une idée de riff est proposée en répète, nous n'hésitons pas a l'améliorer : tonalité, structure, mis en place. Chacun donne son avis. Nous travaillons toujours la composition et l'arrangement ensemble, ce qui explique aussi cette diversité. Cette mise à plat nécessite beaucoup de persévérance avant d’obtenir un résultat convaincant.
Ayant cité Mashuggah et Dream Theater dans la chronique du disque, pouvez-vous me dire ce que vous inspire ces deux formations ?
N: De grosses fondations sur lesquelles beaucoup de groupes posent leurs musiques aujourd’hui. Impossible de couper aux saccades, aux contre temps ou aux cadences mélodiques à la Rush ou Yes. Alors, bien sûr, nous nous inspirons nous même beaucoup de ces groupes mais ce n’est pas non plus dans le cahier des charges, arriver à camoufler ces influences et en sortir quelque chose de personnel avant tout, ça reste un challenge et nous avons à cœur de proposer quelque chose d’assez moderne dans chacun de nos morceaux.
Il y a sur ce disque encore plus de parties mélodiques au milieu de toute cette furie. Quel est l'aspect qui vous demande le plus de travail ?
W : D'un point de vue global, je dirais la cohérence des enchaînements de riffs. La structure d'un morceau doit être harmonisée et arrangée de façon logique, comme une histoire. Notre musique est très complexe avec pas mal de rebondissements. Donc on n'exclut pas la mélodie, bien au contraire. Et c'est très exaltant de surprendre l'auditeur.
N : La mélodie doit prendre par surprise, c’est là qu’elle reste, à mon avis, la plus efficace. Cela demande pas mal de travail et de remise en question car il est difficile de base d’être inventif sans se heurter à des redites, des déchets ou autres déceptions musicales. Finalement une bonne mélodie ou un bon thème doit savoir se passer des états d’esprit et tendre vers une sorte d’unanimité, qu’on soit d’humeur à composer ou à jeter sa gratte par terre.
L'artwork est carrément sublime ! Comment collaborez-vous avec B-Lial ? A-t-il carte blanche, lui donnez-vous des indications ou encore autrement ?
W : Nous sommes très satisfaits du travail qu'a pu fournir Hicham (B-Lial) sur cet artwork. Nous avons toujours collaboré avec lui dès le 1er album. Pas mal d'exigence de notre part sur les artworks précédents ont permis à Hicham de mieux connaître l'esprit du groupe. Donc cette fois ci nous lui avons laissé carte blanche sans lui donner de ligne directrice. Et le résultat a été tout de suite convaincant.

les artworks précédents ont permis à Hicham de mieux connaître l'esprit du groupe...nous lui avons laissé carte blanche sans lui donner de ligne directrice - Wilfried
Quels sont les sujets de vos textes dans "Awaken The Reason" ?
W : "Awaken The Reason" a été écrit sur le thème de la déviance. Elle s'applique sur différents types de comportements dans une société basée sur des normes. Mais le principe de l'écriture reste le même que sur les précédents albums, les textes sont abstraits et teintés de psychologie, de manière à ce que chacun puisse s'identifier.
Wilfried semble avoir énormément progressé. Vous sentez-vous aujourd'hui mieux armé pour aller défendre ce disque sur scène ?
W : Plus armé, oui, le groupe et moi avons gagné en assurance. L'optique d'Outcast est d'évoluer musicalement. Et il est très important pour moi d'en faire autant. C'est pourquoi j'ai pris des cours de chant afin de progresser. J'ai eu quelques retours négatifs concernant mon chant et j'en ai pris conscience. Plus armé aussi par notre personnalité, notre maturité et enfin une reconnaissance grâce à Listenable, qui reste une très bonne étiquette en France.
N : Quoi que l’on fasse il y aura toujours à dire sur tel ou tel point de la musique ; il se trouve que la voix de Will est assez différente de pas mal de registres vocaux. Alors nous avons décidé d’en faire une force. La musique est parfaitement assumée avec ce registre vocal et prend une certaine personnalité. Alors ensuite comme toutes les personnalités, certains accrochent d’autres pas. Si personne n’était convaincu par le chant, nous nous poserions plus de questions, mais en l’occurrence beaucoup de personnes comprennent notre logique. Charge à nous ensuite de tenir compte des critiques lorsqu’elles sont constructives (ce qui n’est pas souvent le cas).
Nicolas a récemment remporté un concours organisé par Lag, démontrant encore une fois un sens du thème accrocheur très développé. Pensez-vous aller vers une musique plus directe pour élargir votre auditoire ?
N : C’est une perspective que nous gardons en tête mais hors de question de tomber dans la facilité pour autant. Pour ma part j’adore les musiques minimalistes et très directes mais ce sont la plupart de temps des pièces d’orfèvre qui ne sont pas pondues par hasard. Je pense qu’à l’avenir nous allons essayer de trouver des armes discrètes pour détourner l’attention de l’auditeur du côté technique, chose que Frank Kobolt sait par exemple faire à merveille dans Symbyosis. Si ce but est atteint la musique peut sonner directe mais laisser un arrière-goût agréable de surprise dans le cerveau. C’est un point de vue comme un autre qui dépend encore une fois des goûts et des couleurs tout ça tout ça… mais qui nous nous semble intéressant et fait la différence dans pas mal de styles musicaux.

Il est à mon sens très pénible d’arriver à prévoir "la partie d’après" ou "la cadence suivante" dans un morceau. - Nicolas
Avez-vous des plans précis pour promouvoir cet album sur scène (on pourrait imaginer une tournée avec Gorod, eux aussi chez Listenable) ?
N : Oui nous avons pas mal de dates qui sont encore dans les tuyaux. Tourner avec Gorod serait une excellente chose vu le niveau des musiciens et l’intelligence de la musique. Nous en dirons plus très bientôt à ce sujet.
Quels sont les groupes qui vous ont marqué au cours de ces trois dernières années ?
W : Textures et Sybreed pour ma part.
N : Periphery, Textures et He Is Legend de mon coté.
Vous n'échapperez pas à la question people : votre meilleur souvenir avec le groupe, et le pire ?
N: Le meilleur souvenir reste la date avec Gojira et Hacride à Dijon en 2009 et le pire, c’est le flop de "Self-Injected Reality".
La question fight club : Si tu devais combattre une célébrité, morte ou vivante, ce serait qui et pourquoi ?
N : BHL juste pour lui faire passer quelques envies belliqueuses bien malsaines.
S’il y a une question que je ne vous ai pas posée et à laquelle vous espériez fébrilement tant répondre…c’est à vous !
N : Non je ne vois pas, tout est là !
Un message pour les (millions de) lecteurs de Metal Sickness ?
N : Vous êtes fous ce soir wouhou !!….Sinon un grand merci à tous pour le support et à très bientôt sur scène.









