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A l'occasion de la sortie imminente du dernier méfait des roublards de Napalm Death, "Utilitarian" on est allé à la rencontre de Barney (chant) pour en savoir un peu plus sur le concept de cet album. Entretien fleuve avec un artiste véritablement humain... et humaniste !

Je pense qu'on a besoin de se redécouvrir en tant qu'être humains - Barney
Salut Barney ! Premier question : comment te sens-tu juste avant la sortie d'"Utilitarian" ?
Très bien. On se demande toujours si les gens vont l'aimer. On l'a déjà écouté tant de fois qu'on s'en est un peu lassé, même. Tu vois, il est chaotique mais c'est combiné avec différents éléments mais il y a pas mal d'approches variées, aussi. Tu l'as écouté ?
Oui, il est puissant et bien agressif, aussi !
Ouais, merci !
Quel est le concept derrière "Utilitarian" ?
Je crois que le mot en français est proche du mot anglais "utilitarian", non ?
Je vais essayer de donner une explication assez brève et simple, car c'est assez complexe, en fin de compte…
C'est en fait une théorie philosophique. L'idée, c'est que les bonnes actions, - c'est-à-dire les vraies "bonnes actions" - qu'on fait, ont des conséquences positives directes.
Ça c'est le principe de base. C'est le principe de base… le plus basique, même !
Et comme c'est une théorie philosophique, il y a différents points de vue et de nombreuses interprétations sur ce concept. Ça amène à pas mal de ramifications autour de ça, qui me dépassent un peu, parfois.
Je lis souvent pas mal de trucs sur le sujet et je me suis dit que je pouvais faire quelque chose dessus.
Bien sûr, il aurait été inutile de se lancer là-dedans tête baissée, en se disant : "tiens, je vais écrire des morceaux sur ce concept "utilitarian" à la va-vite… Quel intérêt ? Pourquoi j'aurais fait ça ? Moi ce que je voulais, c'est faire une association avec ce concept : moi en tant que personne - ainsi que d'autres – je vis ma vie comme je l'entends.
Je réfléchis toujours à quelles seront les conséquences de mes actions.
Par exemple, quand je veux acheter quelque chose… comme une paire de jeans… Je me pose des questions sur l'enseigne. Comment elle fonctionne ? Est-ce qu'elle utilise des "sweatshops" (ateliers semi-clandestins - NDR) ? Et pourtant, je veux seulement acheter un jean… La plupart des gens s'en foutent complètement…
Même pour moi. J'ai un conflit avec moi-même : j'aime à penser que je suis très spontané, que je me pose des questions, même si je sais que je me laisse porter par les choses dans un sens…
Mais la contradiction dans tout ça, c'est que quand on se pose un peu pour réfléchir à chacune de nos action, on se dit : "merde, est ce que je fais ce qu'il faut ?".
Et dans tous tes différents actes, tu peux te poser la question de savoir si c'est éthique ou pas. Il existe toujours ces contradictions, même si la plupart des gens ne s'en soucie pas du tout.

Napalm possède ce côté "humain". Dans nos textes, on essaie de parler du sens profond de l'humanité - Barney
"De tout ce que je fais, je ne change pas le monde mais qu’est ce que j'accomplie au final ?"
Ouais, il faudrait toujours fonctionner comme ça. Parce ce que quand tu fais ça, c'est une forme de protestation, c'est une critique de ceux qui ont le pouvoir, de ceux qui agissent d'une certaine manière ou ont des entreprises qui fonctionnent d'une certaine façon et bien sûr le manque d'humanité omniprésent ces temps-ci.
Si tu ne protestes pas, alors il y a aura une brèche dans laquelle vont s'engouffrer les gens que tu combats. C'est ça le point central de l'album. C'est comme une analyse, une introspection personnelle mais plus profonde…
Si tu regardes l'artwork de l'album, tu vois un gars parterre qui se fait frapper par des gens autour de lui pour ses actes. Le gars au sol pense à la guerre, il pense aux expériences sur les animaux. Pas mal de personnes n'y pensent pas, car ils ne le voient pas. Pourtant, ça concerne énormément de produits de consommation mais c'est très cloisonné… Cet homme pense à beaucoup de choses. Il a visiblement été battu par rapports aux actions qu'il a menées.
Cet artwork a une vraie signification ici. De temps en temps, tu crées un artwork qui a une connexion avec les paroles mais il reste secondaire. Mais là cette pochette fait partie intégrante du concept…
Cet album est donc une bonne chose pour l'humanité… ?
Et bien je l'espère ! Je dirais que c'est un tribune d'expression… ou plutôt une contribution. Ça représente ce qu'est Napalm Death. Les gens disent souvent que Napalm Death est un groupe avec des tendances politiques… oui et non, en fait.
Non, car c'est quoi la politique ? C'est plaire aux masses, ça n'a pas de sens car la politique c'est des grands mots, des grands gestes…rien de vraiment réel.
Disons que Napalm possède ce côté "humain". Dans nos textes, on essaie de parler du sens profond de l'humanité. Car cela se perd en fait…
De plus en plus, les gens ne font que ce qu'on leur dicte pour avancer. Cela montre que l'Humanité est complètement perdue. Tout cela est principalement du au fait que nous, en tant qu'êtres humains, c'est quelque chose que nous avons perdu notamment à cause du progrès. Je pense qu'on a besoin de se redécouvrir en tant qu'être humains. On a perdu ce truc, tu vois et c'est ce qui fait qu'on part dans des directions complètement dingues comme la religion par exemple qui nous a écartés de nos vraies directions.
C'est un peu comme revenir à nos origines…d'où nous venons et ce que nous sommes…toutes ces choses originelles qui ont été balayées.
Si on réalisait vraiment ce qu'on était en tant qu'êtres humains c'est-à-dire notre but, dans sa forme la plus simple - qui serait quand même complexe – on s'apercevrait que nous avons cette capacité de compassion en nous. Mais nous sommes tellement distraits par plein de trucs qu'on n'en fait rien.

Ca me déprime vraiment que certaines personnes puissent être traités comme des déchets que tu peux balayer et jeter - Barney
Tu penses que les gens peuvent changer ?
Non, pourquoi ils devraient, selon toi ? Ce n'est pas quelque sur laquelle on peut agir ou sur laquelle on a une quelconque influence. C'est l'évolution naturelle des choses en fait, L'Humain est comme ça, il crée de l'exclusion.
Une des choses qui me rend barge c'est le fait que certaines personnes sont persuadées que parce que tu viens de tel endroit dans le monde, tu es naturellement privilégié par rapport à d'autres.
Par exemple, quand on montre du doigt des réfugiés et que certains disent un truc du genre "Oh, regardes ces gens !"…
Tout ce qui relève de la gérance des frontières, c'est de la connerie.
La plupart des sont complètement dingues avec ça, toutes ces règles relatives aux frontières, c'est n'importe quoi. A l'origine, lorsque l'Homme a évolué, commencé à marcher et à penser, il ne s'est pas posé toutes ces questions inutiles. L'Homme vient d'Afrique et a marché pour peupler ce monde, donc, la Terre appartient à tout le monde à l'origine. Ce n'est pas la tienne, ni la mienne, c'est la Nôtre.
Et ça me déprime vraiment que certaines personnes puissent être traités comme des déchets que tu peux balayer et jeter. Je sais que nous sommes plus de 6 milliards sur terre, mais en tant qu'être humain nous devrions tous être égaux …
Où a été enregistré "Utilitarian" et combien de temps cela a-t-il pris ?
Il a été enregistré à Northampton au Royaume-Uni. C'est au sud du pays dans le studio de Russ Russell. En fait ce n'est pas son studio. Il a des parts dedans mais ce n'est pas vraiment son studio exclusif. C'est là qu'il nous a suggéré d'enregistrer car il avait tout le matos là-bas. Oui, on est retourné sur terre après la philosophie… (rires)
En parlant de philosophie, tu sembles beaucoup apprécier l'histoire soviétique…
Je veux mettre ça au clair. Je ne veux pas me lever pour dire au gens qu'à une certaine période dans l'histoire de l'Europe, c'était une bonne chose, car quelque soit la politique que tu cautionnes, il y a certaines choses que tu ne peux pas imposer et ainsi maltraiter l'être humain.
Mon intérêt dans l'histoire soviétique réside dans la philosophie, le design des objets, l'architecture, l'aspect de certaines choses mais aussi la psychologie de ce genre de systèmes dictatoriaux qui fait que tu peux contrôler beaucoup de gens grâce à une idée et construire une sorte de "pays prison". C'est mal mais c'est aussi fascinant.
C'est la meilleure explication que je peux donner. Je suis toujours à la recherche d'infos sur ce genre de systèmes : les tchèques et les slovaques, les bulgares, les hongrois, les arméniens et les albanais…

J’ai un intérêt naturel pour l’esprit humain, l'ego ou les actions des hommes - Barney
Les géorgiens…
Oui tu vois, j’ai beaucoup de documents sur ce genre de choses. Je suis fasciné par l'état d'esprit de ces populations. Cette fierté qu’ils ont, comme en Albanie… On remarque les pensées évoluent rapidement.
Regarde la Corée du Nord, quand ils ont perdu Kim Jong-il, les gens se sont mis à pleurer, c'est un concept ridicule car c'était un dictateur, mais le pire, c’est que c’est toujours présent. On en ri, mais c’est carrément pas drôle pour les gens qui habitent là-bas.
Quand tu sais que des dictateurs comme Pinochet au Chili séquestrait ou faisait tuer des gens comme moi qui se réunissaient pour défendre les droits de l’homme, ça fait froid dans le dos. C’est le cas en Colombie, quand des gens se lèvent pour défendre les droits de l’homme ou du peuple et se font tuer. Et ça continue, c’est toujours ainsi...
Donc si je m’intéresse à l’Union Soviétique c’est parce qu’il faut se souvenir de cet énorme système qui englobait une grande partie de la planète. Ce n’était pas comme maintenant, des pays par-ci, par-là, c’était un bloc de pays qui avait un système totalitaire, même s'ils avaient tous des cultures à part à l'intérieur de l'union soviétique.
Techniquement, je suis un homme de gauche mais je ne peux pas excuser tous ces gens qui ont maltraité des populations, qui les ont empêché de s’exprimer et de défendre les droits des êtres humains.
Le pire c'est que les personne proche du cercle du pouvoir était des privilégiés. Mais même dans ce cas-là il fallait faire attention à chaque instant car s'ils disaient la mauvaise chose, le mauvais jour, alors ils pouvaient se faire tuer. Comme ça ! La moindre chose, la plus insignifiante, ça pourrait être de rire à une blague alors que le mec n’avait pas dit ça pour rire, il est d'une humeur si psychotique qu'il te buterait, tu vois ce que je veux dire…? Pense à tout ça, c’est ridicule...
J’ai un intérêt naturel pour l’esprit humain, l'ego ou les actions des hommes. Je suis quelqu'un d'humain sans aucun doute, mais j’ai aussi cet intérêt pour les choses très inhumaines car c'est intéressant. Je ne sais pas si c’est une bonne chose ou non, je dis juste que j’ai un intérêt pour ça. Le design est incroyable, les posters, la propagande, les véhicules, les bâtiments, l’architecture, le pouvoir, les statues, les monuments…
Quand tu prends l'exemple de l'industrie du gaz, les mecs ne pensaient même pas à enterrer les tuyaux de gaz et n'avaient pas peur de monter d'immenses pipelines dans les rues. Ca ne leur était pas venu à l'idée qu'une bagnole pourrait foncer dans un de ces putains de pipelines...
A cette époque-là c'était du genre "on va le mettre là et si ça marche tant mieux" même si ça pouvait être parfois hyper dangereux, tu vois…?









