DEATH, 10 ANS APRES LA MORT DE CHUCK SCHULDINER - Part. II
Préambule par Maitre Kdy
Visionnaire : Adj. et n. Se dit d'une personne dotée d'une vision juste de l'avenir ou de certaines réalités.
Un visionnaire. Voilà comment certains fans n'hésitent pas à qualifier Chuck Schuldiner. Il faut dire que le Père Chuck n'est pas un être banal et il suffit de s'intéresser un tant soit peu à sa carrière musicale pour se rendre compte qu'il était plus qu'atypique. De ses débuts plutôt moyens au sein de formations underground (Mantas) jusqu'à sa place de pionnier avec Death, Chuck Shuldiner a toujours préservé la même ligne de conduite : agir comme bon lui semble et demeurer le seul décideur quant aux directions musicales le concernant.
Mais nous ne sommes pas là pour faire une autobiographie digne de ce nom, nous sommes là pour rendre hommage à un groupe hors-normes mené d'une main de génie par un leader virtuose littéralement possédé par la Musique avec un grand "M".
Resituons les choses…
Nous sommes en l'an 1987 après J.C. En ces temps immémoriaux, le monde du Métal est essentiellement composé de fans de Heavy Metal, de Hard Rock et de Glam (ben oui, les temps sont durs à cette époque). Il existe bien quelques Thrashers virulents ci et là, quelques grindeux nerveux aussi (comme en Angleterre avec Napalm Death ou encore Carcass) mais leur nombre demeure encore résiduel par rapport à celui des Frangés (ndlr : en ces temps-là, on nommait ainsi les fans de Glam et autres musiques à paillettes en raison de leurs franges qu'ils arboraient fièrement) même si Slayer, Metallica et Exodus possèdent déjà de solides bases de fans. Toujours est-il que la petite sphère Metal est loin de s'imaginer qu'un groupe de Floride va faire son entrée par la petite porte cette année-là et que ce dernier va révolutionner le style pour de longues décennies…
L'énigme de la poule et de l'œuf…
Tout amateur de Death a un jour été confronté à cette grande interrogation : quel groupe a inventé le Death-Metal ? Deux grandes écoles s'affrontent : les pro-Possessed d'un côté, et les pro-Death de l'autre. Les premiers affirment que comme Possessed a sorti une démo intitulée "Death Metal" en 1984, la paternité du mouvement leur revient. Les seconds sont persuadés que c'est la première démo de Death "Death By Metal" (sortie aussi en 1984) qui a lancé le mouvement et qui de ce fait, Death en serait le pionnier. Le mystère reste entier…
Selon moi, il reste indéniable que la paternité du terme "Death Metal" revient à Death, car d'un point de vue strictement musical, Death demeure plus sombre, novateur, technique et violent que Possessed qui s'apparenterait plus à du gros Thrash qui tâche. Cependant, on ne peut pas occulter des formations comme Morbid Angel ou Obituary qui ont vu le jour dans la même période (soit dans les années 1983-1984) et qui ont eux-aussi apporté leur pierre à l'édifice.
Quoiqu'il en soit, Death fait partie des pionniers du genre et son immense apport au style, grâce aux différents albums qui vont vous être présentés, a largement permis de prouver qu'il ne déméritait pas sa place d'honneur.
La genèse d'un futur mythe…
Death est plus qu'un groupe, c'est l'Histoire même du Death Metal. Avec seulement sept albums (et deux Live), Chuck Shuldiner a réussi à imposer sa façon de voir le Metal et à développer le genre grâce à son amour de la Musique. Death demeure SON groupe, SON bébé et il n'a jamais voulu être dépendant des humeurs et des choix d'autres musiciens. Sa liberté de compositeur/interprète n'a jamais été altérée par quiconque, et le résultat n'en a été que meilleur.
Respecté par toutes les branches du Metal, Death a toujours su faire évoluer sa musique au travers de ses compositions et albums. Aucun album ne se ressemble, rien ne tourne en rond et ce malgré la complexité de certains titres. Nous avons bel et bien affaire à un groupe unique, atypique et extrêmement novateur mené par un leader charismatique mi-humain mi-virtuose qui nous a quitté il y a 10 ans déjà. Ce dossier ne présente aucune forme d'idolâtrie, Death n'en a nullement besoin pour la simple et bonne raison que Death n'est pas mort (ouais d'accord, elle est facile). Sa musique continue de nous hanter et ce n'est pas près de s'arrêter…

R.I.P. Chuck Schuldiner (1967-2001)
- DEATH 1991 -
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Label : Relativity Records Date de sortie : 22/10/1991 |
Affaire : 588558
Année : Deux mille onze
Autorité compétente : Cour d'Assises de Saint Jean De Verges (Ariège)
Partie Civile : Les lecteurs de Metal Sickness représentés par Maître Kdy expert en musique "Mort Métal" et défenseur du droit de la consanguinité porcine.
Objet du Litige : L'absence injustifiée et impardonnable de chroniques de Death dans les lignes du Webzine susnommé.
Partie Mise en Cause : Les PDG du Webzine.
Composition des Jurés présents à l'audience: Patrick Fiori, Garou, Patrick Juvet, Pascal Brunner, Mimi Mathy, Michel Drucker, Bernard Henri-Lévi, David Pujadas, Laurence Boccolini, Jean-Pierre Pernaut, Johnny et Dany Brillant.
Juge présidant la séance : Juge Dave
Greffier : Patrick Sébastien
En vertu des articles 58 al.3 et 85 al.666, La séance concernant l'affaire 588558 opposant les lecteurs de Metal Sickness aux PDG du Webzine est ouverte :
- La parole est à la partie civile représentée aujourd'hui par Maître Kdy.
- Merci votre honneur. Mesdames et Messieurs les jurés, Monsieur le juge Dave, chers lecteurs de Metal Sickness, j'irai droit au but. C'est un scandale! Une Honte et un acte innommable qui nous amène en ces lieux aujourd'hui. En effet, il y a quelques semaines de cela, les PDG que vous voyez assis devant vous dans le box des accusés informent les chroniqueurs du Webzine par le biais d'un mail (pièce du dossier N°1) qu'une réédition de l'album "Human" (originellement sorti en 1991) de Death est à leur disposition. En moins de temps qu'il ne faut pour prononcer "ta touffe m'étouffe", votre serviteur se rend possesseur du précieux sésame (pièce N°2) en pensant que cette future chronique ne servirait qu'à compléter celle de l'album original préalablement établie. Quel fut mon étonnement mais aussi et surtout mon désarroi lorsque me rendant sur les archives du site se proclamant "Spécialiste des Musiques Métal", je vis qu'aucune je dis bien aucune chronique de Death n'y était répertoriée (gros bruits de contestations dans l'assemblée présente).
- Paf Paf Paf… Silence où je fais évacuer la salle! Poursuivez Maître Kdy…
- Merci Juge Dave. Après plusieurs semaines passées dans un centre de réhabilitation psychique (pièce N°3) en compagnie de Blackpsychoz, je me suis enfin décidé à accepter l'inacceptable et à pardonner l'impardonnable. J'ai pris la décision de chroniquer ce "Human" si misérablement occulté sur les pages du Webzine. Si vous le permettez Monsieur le juge, je vais vous en faire le résumé (pièce N°4).
- Faites donc Maître.
- "Pour les rares chèvres égarées qui ne connaissent pas Death, sachez qu'il ne s'agit ni plus ni moins que du groupe qui a donné ses lettres de noblesse au style portant le même nom (avec Possessed, Morbid Angel et Obituary). En fait, Death c'est LE groupe qui a permis au Death Métal de se parfaire une voie dorée dans l'univers Métal. Mené par une main de maître par un Chuck Schuldiner inspiré et littéralement possédé par la musique, le groupe va en cette année 1991 sortir l'album qui va mettre une titanesque gifle à tous les amateurs de Métal de l'époque. "Human" va poser les bases de ce que Death sera par la suite à savoir, sans conteste le plus grand groupe de Death Métal de tous les temps. Des riffs puissants, techniques et incroyablement mélodiques, un chant impressionnant d'efficacité et d'inspiration, une basse incroyablement ronde et maîtrisée et pour finir, une batterie à la limite de la conception rythmique. Il est à signaler qu'en plus d'être un vocaliste talentueux, Sir Schuldiner est un virtuose de la 6 cordes et il suffit d'écouter…"
- Je proteste votre honneur, la partie civile n'a aucunement le droit d'employer plus de 2 fois le mot "incroyablement" dans la même phrase! C'est contraire à la charte rédactionnelle de Metal Sickness!!
- Objection retenue. Maître, veillez à ne point faire de répétitions intempestives durant votre plaidoirie.
- Veuillez m'en excuser votre Honneur. Je reprends. "Il suffit d'écouter "Flattening Of Emotions" pour s'en rendre compte. L'album est une avalanche de tubes qui déferlent dans les caves à miel des heureux possesseurs dudit CD. "Suicide Machine", "Secret Face" ou encore le parfait "Lack Of Compréhension" vont stricto sensu projeter l'auditeur dans un monde à la fois féérique et angoissant à l'intérieur duquel la folie mélomanie réside. Et ces morceaux ne constituent que des exemples parmi tant d'autres tant TOUS les morceaux sont différents et magistraux. Vous n'avez qu'à l'écouter et vous verrez bien si je déforme la vérité. Concernant la réédition en elle-même, Relapse Records a plutôt bien fait les choses car non seulement le travail de mixage effectué pour apporter une légère cure de jouvence est impressionnant, mais elle offre en sus une reprise bien lourde de "God Of Thunder" des maquillés de Kiss. Le second disque s'adresse plus particulièrement aux fans ultimes car il contient les versions instrumentales des titres mais aussi toutes les sessions démos de 1991 (pièce N°5). Du régal pour les collectionneurs fétichistes. "Human" constitue…"
- Objection votre Honneur ! La taille de cette chronique est trop longue et n'en finit jamais !
- Objection rejetée. Continuez.
- Je disais donc que "Human" "constitue que la première pierre angulaire de la discographie de Death. Passer à côté d'un tel album est tout simplement un blasphème incommensurable. Écoutez-le, réécoutez-le, apprivoisez-le, bichonnez-le, récitez-le et surtout possédez-le. Des albums comme celui-ci sont intemporels et il n'est jamais trop tard pour apprendre et connaître…la preuve en est avec cette chronique tardive." J'ai fini votre honneur.
- Compte-tenu des faits de cette affaire, il ne fait nul doute que ce sont bel et bien les PDG qui sont en faute. Cependant, tout Webzine qui se respecte possède ses forces et ses faiblesses et le fait qu'ils n'aient pas jugés opportun de chroniquer un groupe comme Death laisse à penser que le temps leur manque pour honorer comme il se doit toutes les pépites qui subsistent dans la sphère Métal. Même si je dois avouer qu'ils trouvent le temps lorsqu'il s'agit de Skid Row, Mötley Crüe et autres Poison. Mais je n'en tiendrais pas rigueur dans ce dossier. Qu'avez-vous à dire pour votre défense messieurs les PDG ?
- Nous tenons à nous excuser auprès des lecteurs de Metal Sickness de ne jamais avoir pris le temps de faire ces chroniques. Nous sommes coupables, c'est certain, mais nous vous assurons que cela n'est qu'une question de temps avant que cette lacune ne soit réparée et oubliée.
- Des choses à ajouter Maître ?
- Non, votre Honneur.
- Bon et bien je condamne les PDG du Webzine Metal Sickness à 6 mois d'écoute de Death avec une peine de sûreté de 4 mois. Maître Kdy s'assurera du bon déroulement de la peine infligée. L'audience est levée !
Death - "Lack Of Comprehension" (remastered 2011)
- Death 1993 -
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Label : Relativity Records Date de sortie : 30/06/1993 |
C’est assoiffé de boulot que Chuck Schuldiner revient deux ans à peine après avoir livré un "Human" qui s’impose comme l’album charnière de la carrière de Death. Chuck a choisi de s’éloigner du death metal primitif et gore pour adolescent et désire emmener son projet vers des horizons progressifs. "Human" a parfaitement marqué cette transition, "Individual Thought Patterns" va rentrer lui directement dans le vif du nouveau sujet.
Et comme à son habitude, c’est avec un perfectionnisme maladif que le chef d’orchestre effectue quelques modifications de line-up. Au revoir Masvidal et Reinert, bonjour Larocque et Hoglan. Et je crois que l’on tient là notre plus beau line-up de toute l’histoire de Death. On connait Hoglan comme un batteur d’exception, principal compositeur chez Dark Angel dans les années 80, bon pote de Devin Townsend, on a aussi pu l’entendre récemment sur le "Mechanize" de Fear Factory. M’sieur Larcoque, lui, n’est pas moins que le fidèle compagnon deKing Diamond. Et puis, y’a Di Gorgio (Autopsy, Testament, Iced Earth) qui conserve sa place à la basse. Du lourd, du très très lourd.
Outre un line-up d’exception qui n’était là en fait que pour répondre aux désirs musicaux de Chuck, "ITP" poursuit dans la nouvelle direction musicale amorcée donc par "Human", puisque son géniteur n’a de cesse que de faire évoluer Death et de lui faire gravir les échelons de la perfection. Malgré cela, le son reste assez cru et la production de "ITP" est surement la plus atypique de leur discographie, et parfois même critiquée à l’époque. Pourtant tout reste très équilibré, tout cela grâce aux nombreux breaks placés de manière intelligente et qui ne coupent jamais le fil rouge du morceau, grâce à cette patte très heavy metal qui fait des clins d’œil aux références du genre. Et puis, il y a surtout la basse de Di Gorgio hyper-présente qui rebondie tout du long, qui groove à souhait et clinque de manière généreuse. Impossible de passer à côté et de ne pas apprécier la sonorité si particulière de la fretless, Di Gorgio étant un des rares musiciens à s’aventurer à en jouer dans le monde du metal.
"Individual Thought Patterns", ce sont des titres marquants à l’image de "Trapped In A Corner" ou "The Philosopher" et leurs riffs d’ouvertures inoubliables, ce sont des soli techniques, mélodiques et bourrer d’émotions ("Overactive Imagination"), ce sont des plans variés et des rythmiques alambiquées ("Jealousy"), c’est une basse atypique, ce sont des guitares feutrées et parfois même un peu étouffées sur les soli. On y trouve aussi quelques notes de synthés qui permet à la musique de Death de garder un côté evil d’antant bien appréciable ("Mentally Blind", "Out of Touch"). Il est aussi bien clair que le passage de Masvidal au sein de Death a laissé quelques traces puisque l’ensemble sonne résolument jazzy.
Death prouve qu’on peut faire du death metal intelligent, hyper-créatif, hyper-varié, sans être à toute balle tout du long. Death fait fermer pas mal de gueules aux mauvaises langues qui pensent que le death metal n’est qu’une musique bruitiste pour attardés. Death, c’est de toute façon Chuck Schuliner et lui seul, un compositeur de génie qui a su s’entourer de musiciens talentueux pour nous faire baver sur un line-up de rêve. Death est inclassable et inégalable, et "Individual Thought Patterns" est un album magistral, un de plus dans la discographie magique du groupe. Point final.












