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[NB : Comme vous pourrez le constater, cette chronique s'appuie sur des récents extraits d'interviews, tente d'observer autant que faire se peut le phénomène Marilyn Manson au regard de sa longue carrière (pas toujours des plus heureuses sur le plan personnel et musical), et n'est au final que le point de vue contestable d'un fan de longue date – Arsène Hic]
Marilyn Manson est de retour dans les bacs avec ''Born
Villain", son huitième album studio. C'est en soi un évènement. Au jour
d'aujourd'hui, il n'est plus utile de présenter Marilyn Manson, enfin Brian
Hugh Warner, ni de réexpliquer le pourquoi du comment de son nom de scène.
On sait déjà le tumulte qui agite la société américaine (ultra)puritaine lors
de ses prestations live au cœur de la patrie de l'Oncle Sam. On connaît ses
positions anticléricales et son analyse (lucide
?) du show-business, son goût pour la provocation et l'exhibitionnisme, ses dérives
et ses révélations.
Mais, il semblerait que le Révérend, le God Of Fuck, le
"Man That You Fear" perde
de sa superbe au fil des albums qui sortent…
La vérité des chiffres
… car il y a des vérités qui parlent d'elles-mêmes, et qui fâchent. Alors que ''The Golden Age Of Grotesque" (2003) enregistrait 118.000 copies lors de la première semaine de vente (marché US, ndlr), "Eat Me, Drink Me" (2007) atteignait péniblement les 90.000 copies et "The High End Of Low" (2009), lui, chutait à 49.000 unités. Et les estimations de vente de ''Born Villain" ne sont pas au mieux, et semblent se situer aux alentours de 50.000 exemplaires vendus sur la première semaine (selon le site Hits Daily Double au 05 mai 2012, ndlr).
Ok, je vois poindre à l'horizon la remarque ''Hey ! Mais avec le développement d'internet, l'industrie musicale n'est pas en bonne santé, ce qui expliquerait cette chute des ventes !". Oui, certainement que l'influence de ce phénomène de société est en partie responsable de ce constat, mais les artistes ont appris à composer avec cette forme de media, donc son influence est à mon sens limitée. Les raisons sont apparemment (autres et) multiples, et une apparaît être comme essentielle.
Dans une récente interview accordée au site Billboard, Marilyn
Manson revient sur les échecs commerciaux de ses deux derniers albums (qui ont entièrement contribué à la rupture
d'avec Interscope Records, son label de toujours), confessant que sa
faute était d'avoir voulu faire "ressentir
au public ses propres émotions au lieu de lui faire ressentir quelque chose".
C'est bien beau de reconnaître ses fautes et c'est tout à l'honneur du sieur Manson,
mais quid de ''Born Villain" dans tout ça ? Epilogue d'une carrière qui
tombe en décrépitude ou nouvel élan ?
L'hydre Manson : coupe-lui une tête…
… et une nouvelle viendra prendre sa place. Voilà comment on pourrait interpréter ce ''Born Villain" dans la discographie de Marilyn Manson. Certes, il est loin le temps des ''Portrait Of An American Family'' (1994) et "Antechrist Superstar" (1996), quintessence du Manson le plus détestable (ou idolâtré), car la rudesse, la violence, le sentiment d'automutilation qui se dégageaient musicalement de ses albums-là font partie du passé. Pourtant, ce "Born Villain" est sombre et a quelque chose de malsain, de dérangeant, d'anxiogène, de Manson en définitive.
Bien évidemment, intituler un album ''Born Villain'' fait penser
inévitablement aux premiers traumas que Marilyn Manson a rencontré dans
sa jeunesse, à ces meurtrissures psychologiques et physiques qui l'ont conduit à
devenir ce qu'il est (la cave de son Grand-père,
l'éducation religieuse stricte, les sévices corporels infligés et ceux
volontaires ; cf. la biographie officielle ''Mémoire De L'Enfer", 2000,
ndlr).
Débutant ainsi par un ''Hey, Cruel World..." assez
convaincant par sa noirceur et sa lourdeur (surtout
sur sa fin qui rappelle les années 90), "Born Villain" prend
d'entrée la forme d'une rage contenue qui cherche à exploser, et qui explose,
d'un trop plein qui doit sortir, et qui sort, mais ce déballage passionné n'est pas fait à
l'emporte-pièce.
La griffe mansonienne, entre glam rock, indus et goth metal, semble
retrouver l'état qui fut le sien plusieurs années auparavant (''No
Reflection", "Overneath The Path Of Misery" rappelant à ses
entournures un ''Cake And Sodomy", ''The Gardener''), et le chant n'y est
pas pour rien dans cette affaire.
On y retrouve le phrasé typique (lent,
susurré, intelligible) et les complaintes d'un ''Mechanical Animals", mais
on récupère aussi ces cris puissants et stridents d'antan (''Slo-Mo-Tion",
''Hey Cruel World…", "No Reflection"), comme s'il avait décidé
de remettre à jour les éléments de ce qui a construit sa renommée. Le mélange
est réussi et clairement savoureux.
Au-delà de ça, et de l'affection de Manson d'ajouter des
éléments électroniques (le côté purement
indus de sa musique), deux des forces de cet album résident dans
l'omniprésence d'une basse volumineuse (le presque dubstep ''Children Of
Cain", "Born Villain'', "You're So Vain", ''The
Gardener''), et d'un jeu de guitare valorisant (en plus des riffs) des crissements saillants ou des solos
destructeurs ("No Reflection", "The Flowers Of Evil",
"Murders Are Getting Prettier Every Day", la reprise de Carly Simon "You're So
Vain" avec Johnny Depp en featuring).
Twiggy Ramirez
va même jusqu'à intégrer à ses pick
scrapes le frottement des doigts
sur les cordes pour construire des sonorités propres, alors que ce-dit
frottement est a priori plus un défaut qu'une qualité chez un guitariste
("Pistol Whipped").
Seule la batterie ne tire pas véritablement son
épingle du jeu, bien que la production soit d'un équilibre parfait. Disons
simplement que Jason Sutter (remplaçant de Ginger Fish) se
contente juste d'inscrire sa prestation dans le minimum syndical de celle du compagnon de longue date (de 1995 à 2011), avec une frappe
lourde, basique, sobrement efficace, mais sans véritable plus.
Exégèse d'une renaissance (?)
De son propre aveu, ''Born Villain" a été vécu et construit non pas comme une renaissance de ce qu'est Marilyn Manson, mais comme une transformation de ce qu'il est en tant qu'artiste et personne. ("I’m not trying to be reborn and I’m not trying to be resurrected […] I was trying to transform into something that I had not yet become. That’s what anybody in life should always want to do'' ; Loudwire).
Et bien qu'une première écoute superficielle puisse laisser l'auditeur sceptique, "Born Villain" est un album riche en sonorités, sinusoïdal, violent et placide, nouveau et ancien, qui vous prend presque par le bout du nez pour vous emmener là où il le veut. "Born Villain" emprunte l'esprit originel tout en restant cohérent au regard de la carrière de Marilyn Manson. On peut le dire, IL est de retour et IL est plutôt en forme.
- Marilyn Manson (Chant)
- Twiggy Ramirez (Guitare)
- Fred Sablan (Basse)
- Jason Sutter (Batterie)
- Chris Vrenna (Claviers, Percussions)
- Hey Cruel World…
- No Reflection
- Pistol Whipped
- Overneath The Path Of Misery
- Slo-Mo-Tion
- The Gardener
- The Flowers Of Evil
- Children Of Cain
- Disengaged
- Lay Down Your Goddamn Arms
- Murders Are Getting Prettier Every Day
- Born Villain
- Breaking The Same Old Ground
- You're So Vain











