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Curieuse expérience que celle de découvrir un album sur scène avant d’en avoir entendu la moindre note par ailleurs. C’est pourtant ce qui m’est arrivé, pour une claque mémorable lors du Satan Fest 3, avec ce "AddictionS", nouvel opus très attendu de Satan Jokers qui signe là, son troisième album depuis sa renaissance en 2009.
Album très attendu parce que, outre le cv impressionnant et le talent indéniable de ses protagonistes, c’est bien le concept même de ce disque qui attire l’attention. Basé sur l’expérience personnelle de Renaud Hantson, à savoir une terrible dépendance à la cocaïne et sa rencontre avec le médecin addictologue Laurent Karila, "AddictionS" est une immersion vertigineuse, hallucinante (et hallucinée) vue de l’intérieur dans l’univers du manque, de l’isolement, de la solitude, de la paranoïa bref, de tous les sentiments qui font le quotidien d’un drogué, loin de la glorification niaiseuse du "Sex Drugs and Rock’n’roll" et des pleurnicheries d'une rock star déconnectée de la réalité !
Renaud Hantson & Laurent Karila
Plus
qu’un cd, cette galette est à la fois une thérapie, un exutoire, un acte
militant, pédagogique (l'Ebook de 130 pages sur les addictions, fourni avec le
cd est passionnant et totalement indispensable pour comprendre le disque mais
surtout l'univers qu'il dépeint) mais aussi, et avant tout, UNE PURE TUERIE !
Etonnamment pour une œuvre conceptuelle, chaque titre garde le format chanson
(on ne dépasse pas les quatre minutes trente) et soutient les textes de façon
directe (ce qui ne veut pas dire simple car question virtuosité, on est
servi !).
Du coup, l’histoire se déroule de manière très naturelle et
l’adéquation entre les mots et la musique a été superbement pensée. Les textes
de Laurent Karila, juste retouchés par Renaud afin de les faire s’intégrer dans
le cadre des chansons, dépeignent en treize tableaux sans concession le
parcours d’un drogué, depuis sa rencontre avec la cocaïne, le dealer, le manque, le sevrage, la rechute, jusqu'à la
rédemption.
De la technique, mais pas seulement...
On
cause, on cause, mais musicalement, il a quoi dans le ventre ce disque ?
De la dynamite mon petit poulet, de la dynamite ! Bien que restant dans la
voie tracée par "SJ 2009" et encore plus "Fetish X", "AddictionS"
multiplie les acrobaties techniques, les mélodies fortes et puissantes, les
refrains énormes, les tempi bien speedés laissant aux musiciens toute latitude
pour se défouler sans donner l’impression de jouer à "regarde comment je
suis le plus fort". Et pourtant, du traumatisme technique, il y en a
partout. C’est d’ailleurs incroyable de savoir faire des chansons aussi catchy
en plaçant autant de plans monstrueux.
Pascal Mulot rend une nouvelle fois un hommage magnifique à Laurent Bernat (qui lui n’eut pas la chance de connaître un happy-end à son voyage au bout de l’enfer personnel) en délivrant une prestation proprement sidérante. Technique certes, mais surtout d’une inventivité folle, tant dans les plans que dans les sons utilisés. Son association avec Aurélien Ouzoulias (sorte d'alien tambourinant, capable de tout jouer, de tout mettre en place en un temps record et avec le sourire) confère à Satan Jokers la puissance, non pas d’une vulgaire formule un, mais bien d’un effarant dragster capable d’évoluer sur tous les terrains !
Michael Zurita, tout en virtuosité est LE guitar hero de service, indispensable à cette entreprise, mais capable de s'effacer derrière les compos pour n'y apporter que le nécessaire. Globalement, il envoie quand même du très lourd, tant dans ses riffs qu'en solo où il excelle d'un bout à l'autre de la galette.
Ce disque est, n'ayons pas peur des mots, GRANDIOSE ! Pourquoi ? Parce qu'étonnamment, bien qu'écrits par un autre, les textes sont de loin les plus personnels de toute la carrière de Renaud Hantson. L'expression "écriture en miroir" utilisée dans la présentation de ce CD est on ne peut plus justifiée ! D'un réalisme parfois dérangeant, chaque mot semble avoir été pesé pour coller au plus près d'une réalité plus glauque que glamour.
Musicalement,
on retrouve la "patte" Hantson, avec des mélodies énormes, des refrains
à tomber par terre, des variations d'ambiance (on retrouve même des touches
mélodiques des ses albums solo) qui mettent superbement en musique les brusques
changements d'état d'esprit du junkie. Mais rassurez-vous, si le thème vous
gonfle, le disque s'écoute très bien juste pour le plaisir des chansons, car
chaque morceau est un hit en puissance !
Contrairement aux deux précédents
disques, celui-ci est terriblement homogène en terme de qualité et il n'y a
franchement rien à mettre en retrait. L'esprit Satan Jokers est également très
présent avec de vraies prises de risques, comme ce "Puzzle Cérébral"
à la construction étrange mais qui sied merveilleusement au discours.
...un véritable art de la composition !
Le
début de l'album est un véritable train dans la gueule avec "Reine
Cocaïne" et son riff assassin et son tempo de malade. Une ligne aussi
droite qu'un rail de coke ! Et qui donne une assez bonne impression (enfin, j'imagine) de l'effet du produit. Ensuite, c'est effarant ce qu'on prend dans le
nez (je sais, l'image est un peu limite), avec un "Dealer (Docteur
Vice)" puissant et sur lequel Pascal Mulot et Aurel s'en donnent à cœur joie.
"Substance Récompense" est plus lourde dans ses couplets avant un
refrain radiophoniquement tubesque ! De plus en plus heavy,
"Euphorie" sonne très actuel avant que ne déboule l'irrésistible
"Appétit Pour L'autodestruction", ultra speed qui voit le narrateur
toucher le fond. Du coup, il tente ensuite de décrocher.
Autant la première partie est souvent très rentre dedans et accrocheuse, autant à partir de là, les chansons sont toutes plus prenantes les unes que les autres, avec un chanteur qui se met à nu comme jamais. Sur la jolie ballade "Une semaine en Enfer", on entend le Hantson chanteur à la technique hors pair, capable d'évoluer dans tous les styles, et qui fait passer des émotions incroyables, à la limite de la rupture. Ce sera aussi le cas sur "Lune De Miel" une superbe compo de Pascal Mulot qui illustre la joie retrouvée d'être clean. Mais la rechute rôde et "Méphédrone" et "Puzzle Cérébral" sont là pour nous renvoyer dans une ambiance malsaine. "Chute, Rechute" marque le retour au fin fond de la dépendance et au constat d'échec permanent.
Pour clore "AddictionS", le riff d'intro de "Ma Vie Sans" fait carrément penser au "Vol Du Bourdon " de Rimsky Korsakov, pour vous situer le tempo et la technicité du truc. Une tuerie qui achève une galette de tueur, normal ! Un texte avec enfin un brin d'optimisme (ouf !) qui colle parfaitement à l'image du Satan Jokers du 21ème siècle, plus heavy, sans barrière musicale, et terriblement efficace.
Voilà, après une bonne dizaine d'écoutes non stop, le constat est simple, le Dr Karila va bientôt voir sa salle d'attente remplie de métalleux complètement accros à ce disque ! Mais est-il nécessaire de vouloir décrocher d'un tel opus ? Puissant, dense, varié, ahurissant parfois, intelligent, "Addictions" est LA pièce maîtresse qui manquait dans la carrière de ce groupe hors norme et de son leader à la fois si horripilant et si attachant (et on comprend mieux pourquoi).
Mon
dieu qu'il sera difficile après ça de réécouter un disque "connement"
rock (ce que j'adore pourtant) !
Avec le recul, on comprend mieux pourquoi jouer cet album d'une traite sur scène représentait une véritable épreuve pour tous les musiciens, et particulièrement pour le chanteur qui outre la performance physique et artistique, devait accomplir un véritable exploit émotionnel !
- Renaud Hantson (Chant)
- Michaël Zurita (Guitare)
- Pascal Mulot (Basse)
- Aurélien Ouzoulias (Batterie)
- Reine Cocaïne
- Dealer (Docteur Vice)
- Substance Récompense
- Euphorie
- Appétit Pour L'Autodestruction
- Une Semaine En Enfer
- Effet Parano
- Detox
- Lune De Miel
- Méphédrone
- Puzzle Cérébral
- Chute, Rechute
- Ma Vie Sans











