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Après trois ans et demi d'attente, c'est avec une franche impatience que j'ai vu enfin arriver ce "Awaken The Reason", nouvelle livraison d'Outcast, groupe dont seule la nationalité française peut expliquer le relatif anonymat (et aussi sans doute l'incompétence récurrente de la précédente maison de disque).
Aujourd'hui, c'est solidement épaulé par Listenable que sort cet opus déterminant pour la suite de l'histoire du combo, preuve que la réputation du quintet a déjà franchi plusieurs paliers. Derrière un artwork somptueux signé une nouvelle fois par B-Lial, ce disque est une pure bombe, un ouragan vertigineux, le genre de déflagration qui emporte tout sur son passage. La recette d'Outcast n'a pas fondamentalement changé depuis le déjà excellentissime "Self Injected Reality", à savoir un cocktail ahurissant de riffs très heavy, une débauche technique effarante, des changements de rythmes incessants, de la barbarie primaire que côtoient des moments mélodiques purement trippants, des breaks venus d'ailleurs, des décrochages jazzy (eh oui petit jeune, c'est comme ça chez Outcast), des soli effrénés et aussi (mais nous y reviendrons) des passages calmes, zen, atmosphériques !
Ce groupe est une véritable torture à suivre, mais une torture délicieuse. Maîtres dans l'art du contre pied, du changement de direction imprévisible, les cinq franciliens prouvent qu'on peut faire un metal de très haute facture et franchement violent sans pour autant se livrer à une agression basique du système auditif des fans. Tout comme son prédécesseur (mais certainement davantage encore), "Awaken The Reason" est très confortable d'écoute (avec cette fois un son de batterie parfait). Les sonorités sont riches et travaillées, et on songe parfois à du Devin Townsend dans l'emphase de certains passages et la démence d'autres. On ne peut évidemment s'empêcher de penser à Meshuggah, mais alors juste pour se dire que là où le combo suédois semble s'être perdu dans les méandres d'une musique trop nombriliste (et au final assez chiante ces derniers temps), Outcast parvient à toujours maintenir l'intérêt par la variété de son propos et son aisance à imposer des ambiances prenantes.
Détailler la performance technique de chaque musicien relèverait de la gageure tant chacun excelle (et s'envole loin de mes capacités de discernement). Je me bornerai juste à souligner, outre la précision chirurgicale de la mise en place rythmique et le travail de titan des guitaristes, les progrès énormes réalisés par Wilfried au chant. Certes, le chant hurlé ou death n'est pas vraiment ce que je préfère, mais il a considérablement étendu son registre, gagnant en puissance, mais aussi en précision dans ses interventions (et lorsqu'il flirte avec le chant clair, on sent que celui-ci constituera une prochaine étape naturelle).
"Elements" ouvre les débats dans une débauche de batterie, un bain de sang inaugural qui place l'auditeur dans le ton avant de plonger vers un "Abysmal" prodigieux, alliance parfaite de fureur, de mélodie et de complexité. Ensuite, oubliez qu'il y a un monde autour de vous et laissez-vous emporter dans ce déferlement de décibels et de sensations. Laissez-vous aussi planer pendant le sublimement beau "Awaken The Reason – Part IV – When Dawn Brings Clarity" (digne des instants les plus magiques d'Anathema). Pas de risque d'endormissement car "Spin Angular Momenta" qui déboule derrière arrache les molaires sans anesthésie ! "Unspoken" achève le travail avec le titre du morceau le plus violent de la galette remporté haut la main ! Le reste ? Encore et toujours de l'inventivité à chaque seconde, des montées et des descentes d'intensité, de manche et d'adrénaline ! Si j'osais la comparaison, je dirais qu'Outcast est au death des années 2010 ce que Dream Theater fut au heavy metal des années 90. "Awaken the Reason - Part XI : Reprise" en est l'illustration parfaite avec ses dissonances, son passage jazzy, sa double pédale en fusion, ses riffs sur des rythmes démoniaquement peu carrés (au sens où savoir compter jusqu'à 4 ne vous sera d'aucune utilité) et ses envolées mélodiques.
Du point de vue créatif, comment dire ? Il y a dans chaque titre plus d'idées que dans beaucoup d'albums complets ! Mais point d'empilages démonstratifs stériles, des chansons, des vraies, avec des thèmes mélodiques forts, une puissance de feu incroyable, dont la saveur est rehaussée par les quelques passages calmes (enfin, quand même, ici, quand ça blaste ça blaste pour deux, et quand il y en a pour deux, il y en a pour trois !).
Au final, la grande force de ce disque, c'est d'arriver à condenser en moins d'une heure tout ce qui se fait de mieux dans le monde du metal actuel tout en faisant preuve d'une énorme personnalité. Une œuvre fédératrice qui séduira autant les jeunes accrocs à la barbarie que les fans de prog ou les anciens du heavy. Un véritable tour de force qui incite au plus grand respect !
- Wilfried Fagnon (Chant)
- Nicolas Soulat (Guitare)
- Jean-François Di Rienzo (Guitare)
- Clément Mauro (Basse)
- Mathieu Santin (Batterie)
- Elements
- Abysmal
- A Solace From The Shade
- Awaken The Reason - Part IV : When Dawn Brings Clarity
- Spin Angular Momenta
- Unspoken
- Isolation
- Fallen Years
- What Would Be My Final Commitment ?
- Man's Last Failure
- Awaken The Reason - Part XI : Reprise











