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"Il faut juger la musique sur la sensation qu’elle te
procure lorsqu’elle passe à travers tes oreilles pour la première fois."
Barney Greenway (Napalm Death).
Autant vous dire que si on s'en tenait à cette maxime, il ne resterait à
l'heure actuelle pas grand chose du dernier CD d'Epica (oh pardon, j'oubliais que le seul support de travail est un
lien "meupeu trois", vous savez, le truc tout naze qui déforme la
musique, comme nous le clamaient encore il y a moins de cinq ans, tous les
musiciens de la planète).
Après un "Design Your Universe" unanimement salué (y compris sur cet auguste site), Epica revient avec un "Requiem For The Indifferent" chargé d'asseoir définitivement le statut d'un groupe dont la renommée n'a cessé de croître en dépit de changements de line-up fréquents. Il faut dire que le combo batave n'a pas ménagé sa peine depuis dix ans, enchaînant les concerts et les albums.
Allons-y franchement, ce disque n'est pas mauvais en soi, mais il souffle tellement le chaud et le froid qu'il est difficile de s'y attacher. Ainsi, après une intro ultra traditionnelle pour le combo, "Monopoly Of Truth" ouvre les hostilités sur des bases plutôt bonnes. Un riff bien agressif, un tempo enlevé, c'est parti pour du bon gros metal qui tâche ! Pas du tout, car on retombe sur un truc beaucoup plus lent avec l'arrivée du chant de Simone Simons, avant une partie de growls de Mark Jansen. Le contraste n'est pas très heureux et une légère impression de fourre-tout s'insinue dans l'esprit de l'auditeur. La pièce est longue et laisse une impression mitigée, mais pas non plus désagréable (la partie la plus progressive du morceau est assez bien foutue).
Un disque qui souffle le chaud et le froid...
Seulement voila, derrière,
"Storm The Sorrow", le premier single offert en pâture aux
internautes est purement horripilant par moment, avec une Simone qui tente de battre le record du monde de saut en hauteur
avec ses vocalises. Mais quand va-t-on enfin dire à ces gens-là que cela ne
sert à rien (à part peut-être à nous péter les rouleaux si menu qu'on pourrait
les faire rentrer dans un sablier pour mesurer combien de temps on tient à
l'écoute de ce genre d'ineptie musicale) ?
Alors que "Delirium" n'a d'autre intérêt que de nous montrer que la jolie chanteuse rousse a un bel organe, "Internal Warfare" donne enfin le sourire, une vraie profondeur, et une ambiance à laquelle on croit. Les quelques plans tirant vers Dream Theater sont franchement agréables ainsi que le refrain, puissant et doublé de chœurs ultra aigus du meilleur effet. "Requiem For The Indifferent" s'ouvre sur des gammes orientales et des mélopées vaporeuses avant de nous embarquer dans un long périple musical (8 minutes et demi) complexe et fort bien maîtrisé, alternant toutes les facettes de la musique d'Epica (du symphonique au death, avec des breaks très metal prog et des riffs heavy old school).
"Deep Water Horizon" est tragiquement à l'image de ce disque, puisque s'y côtoient allègrement des passages sympathiques et des moments totalement insupportables. Simone Simons elle-même est tour à tour envoutante et irritante au possible. Franchement, lorsqu'elle s'évertue à vouloir briser le cristal avec sa voix, c'est autre chose qu'elle nous brise. Et puis, la mélodie du refrain atteint des abîmes de gnan-gnan dans sa version calme (alors que soutenue par une grosse rythmique et sur un tempo plus rapide cela passe beaucoup mieux), du coup cela fait paraître grotesques d'autres passages. On a par exemple l'impression que le groupe va nous caser une reprise de la B.O de Pirates des Caraïbes, sur laquelle il greffe une voix death qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Un bric-à-brac d'idées pas forcément très bien agencées, des changements d'ambiances carrément gratuits, bref, un titre… raté et prétentieux !
On attendait tellement mieux...
La guitare, très présente
sur certains titres, semble étrangement absente sur d'autres, non seulement
dans la compo, mais aussi dans le mix. On a même carrément l'impression par
moment que sous l'habillage heavy se cachent des compos sans saveur, des bluettes
qui jouent aux dures en quelque sorte ! Epica
oblige, l'ensemble est très bien fait et présente une bonne tenue (qui ravirait
bon nombre d'autres formations), mais on est en droit d'attendre plus
consistant de la part d'un groupe de ce calibre.
Au milieu de titres anecdotiques ("Guilty Demeanor" ou "Stay The Course"), Epica parvient par instant à redresser la barre mais il s'englue le plus souvent dans des morceaux trop longs, collages improbables de plans qui ne sont pas faits pour cohabiter. "Serenade Of Self-Destruction" la dernière pièce épique clôt heureusement cet album sur une bonne impression.
J'ai vraiment beaucoup écouté ce disque, et malgré l'indéniable travail effectué, je ne peux que revenir invariablement sur mon impression de départ qui est une incontestable déception devant le manque d'intérêt de tout cela. Beaucoup d'efforts sur la forme (arrangements, sons) pour masquer la pauvreté du fond (les compos sont tout juste moyennes). Peut-être qu'un retour à un peu plus de simplicité ne ferait pas de mal, tout bêtement.
- Simone Simons (Chant)
- Mark Jansen (Guitare, Chant)
- Isaac Delahaye (Guitare)
- Yves Huts (Basse)
- Coen Janssen (Claviers)
- Arien Van Weesenbeek (Batterie)
- Karma
- Monopoly On Truth
- Storm The Sorrow
- Delirium
- Internal Warfare
- Requiem For The Indifferent
- Anima
- Guilty Demeanor
- Deep Water Horizon
- Stay The Course
- Deter The Tyrant
- Avalanche
- Serenade Of Self-Destruction











