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Je vais te faire une confidence. Du genre de celles qu'il est un peu honteux d'avouer quand on a mon âge et que l'on a sa dose de "culte" dans sa vie, comme tout bon gars qui se respecte. J'ai jamais vu "Into The Wild". Jamais. La bande annonce m'a suffit pour comprendre que j'allais prodigieusement m'emmerder devant un film "qui donne trop envie de voyager. Putain mec ! Il faut que tu le voies, j'te jure t'as qu'une envie après c'est de prendre ton sac à dos et tailler la route". Tu parles. Comme beaucoup de gars de ma génération, la génération internet, la génération virtuelle, la génération sacrifiée, la génération je-sais-pas-quoi, mes aventures je me contente de les fantasmer, sagement vissé devant mon écran. Quelques shoots de Final Fantasy ou de Call Of Duty et je suis devenu un héros, alors prendre les chemins, seul et marcher sans trop savoir où aller, pour "découvrir" le monde, ce sera sans moi. Surtout, c'est pas un film avec un mec qui "vit la vie" pour mourir à la fin (oulah le spoil de la mort) qui va me décider à changer mon fusil d'épaule et à partir affronter les sentiers hostiles de Corrèze, les plaines verdoyantes de la Creuse ou les plages "éoliennées" du Nord. Non, j'ai bien compris que beaucoup de moments palpitants de ma vie se vivront par procuration...
Et j'ai saisi que ces fixs le plus souvent n'avaient pas besoin d'être mis en images. J'ai juste besoin d'écouter. De foutre ce casque sur les oreilles pour tout faire disparaître autour de moi. Le mec qui se mouche trop fort dans le métro le matin ou celle qui mate le dernier épisode de "Gossip Girl" sur son iPhone avant d'aller au taf. J'ai juste besoin de presser "Play" et d'écouter Earth. Le chaos de la rame cesse (rien à voir avec le pharaon), tout est balayé par la lenteur admirable qu'emploient Dylan Carlson et ses acolytes. A une époque où l'on va de plus en plus vite, où la pause dej' se résume à un panini gobé en deux secondes entre trois tableaux excel avec lesquels tu jongles face à ton PC, Earth devrait être reconnu d'utilité publique. Aller à contre-courant aujourd'hui, c'est presque de la bravoure et Earth a décidé d'élever cette idée au rang d'art pur et simple. Profiter de l'archet qui s'étire jusqu'au claquage sur le violoncelle, apprécier les notes de guitares se déployer dans une douceur sans pareille, se faire masser par cette batterie courageuse puisque profondément apathique sont des moments purs et simples de bonheur.
Surtout, plus que tout autre chose, la musique de Earth t'ouvre une porte sur l'imagination. Rien ne viendra bouleverser ton confort alors autant en profiter pour te déconnecter totalement. Imaginer ces nuages qui défilent en accéléré, ou la lune qui se dévoile petit à petit. A moins que tu n'y entendent un lever de soleil. J'en sais rien, la seule chose qui revient, c'est la lumière, qu'elle soit douce où éclatante, elle est là, toujours. "Angels Of Darkness, Demons Of Lights II", a cela de magique, comme ses prédécesseurs depuis la résurrection du groupe, qu'il te permet de te réinventer les scènes à l'infini et aborder la musique qu'il contient, différemment, à chaque fois.
Son seul défaut finalement, c'est
d'avoir un grand frère débarqué l'an dernier. Car à bien des
égards, les disques peuvent sembler similaires, alors que "The
Bees [...]" était bien plus aride et n'a finalement pas grand
chose à voir. Ici la douceur prime avant tout. Le confort d'écoute, le confort de l'imagination encore une fois. Enfin pour en
revenir aux ressemblances qui caressent à l'écoute des deux parties
de "Angels Of Darkness […]" on nuancera tout de même
cette similarité d'un geste paresseux.
Le second chapitre est
parfois bien moins mélancolique que son alter-ego ("Waltz (The
Multiplicity Of Doors)", "The Rakehell") et surtout
moins affirmé. On a l'impression que le groupe y voit parfois à
tâtons. Sans doute ce constat est-il biaisé par le fait de savoir
qu'il a été en grande partie improvisé par le groupe en studio,
mais qu'importe, tu retrouveras de toute façon ici un Earth qui ne
te déstabilisera jamais, ne te surprendra pas vraiment, et pour une
fois c'est un gage de qualité. Ici tout n'est que musique
fantomatique, repos du guerrier, sérénité de l'âme, lenteur de
vivre, apogée de la paresse et c'est ce dont on a besoin :
Se laisser aller, s'abandonner. Ne plus être qu'une loque, immobile, dont l'esprit divague au gré de la musique... En sourire. Etre prodigieusement inactif, lent et ne pas en avoir honte. S'arrêter pour un instant de penser à vivre et préférer rêver...
- Dylan Carlson (Guitare)
- Karl Blau (Basse)
- Lori Goldston (Violoncelle)
- Adrienne Davies (Batterie)
- Sigil Of Brass
- His Teeth Did Brightly Shine
- Waltz (A Multiplicity Of Doors)
- The Corascene Dog
- The Rakehell











