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Amis de la finesse bonjour. Bergerac et le Père Igor sont fiers de vous présenter un nouveau combo qui fait de la douceur et de la délicatesse deux ingrédients à honnir dans leur processus d'écriture musicale. Officiant sous une double perfusion de basses saturées, auréolées d'un chant tiraillé et d'une batterie au tempo pesant, A Snake Of June se déguste accompagné d'une Suze pour son amertume et d'une Izarra pour son côté épicé.
La découverte et la première ingestion de cet EP homonyme est acre et âpre. Ça râpe le gosier en quelque sorte. Il faut l'apprivoiser cette bête-là… ou du moins il faut se laisser séduire et pénétrer par ce son peu conventionnel. Ce serpent de juin (le nom du groupe est emprunté au film de Shinya Tsukamoto, ndlr) se présente donc sous la forme d'un quatuor privilégiant le down tempo, et où la caractéristique principale est cette doublette à la basse, comme ce fut le cas pour le combo biterrois Ipécacuana à la fin des 90's. La légèreté n'est pour ainsi dire pas le mot d'ordre, et cela se sent dès l'opener ''La Montagne Est Belle''.
Ce titre, nourri par un son assez grunge et gras, est une belle vitrine de ce que peut produire A Snake Of June. On y retrouve une bonne complémentarité des deux basses qui, avec l'appui de la batterie, offrent une alternance bien ficelée entre mélodies prégnantes et matraquages à coup de tonfa. Il ne restait plus qu'à y ajouter un chant à la limite de l'extinction de voix pour que la peine et la douleur deviennent palpables. C'est un titre à fleur de peau et écorché vif. Une bonne entrée en matière.
Arrive ensuite le tour du titre ''Eons''. Le début est contre toute attente très calme, presque suave. Exit pour un temps, les triturations auditives vont toutefois reprendre assez vite leurs droits. Mais cette courte intro – où une seule une ligne de basse est véritablement mise en avant – qui s'en va crescendo laisse croire que A Snake Of June aime à jouer sur les ambiances, pour au final mieux nous violenter les esgourdes. Ce qui est le cas, il faut le dire. Le cœur de ce morceau est de nouveau semblable à une complainte malheureuse. Et à cette épaisseur sonore les bergeracois ne se refuserons pas d'y implémenter une distorsion d'une des basses, un peu dans le délire de ce que faisait si bien Thurston Moore avec sa guitare (Sonic Youth). En gros, de la distorsion naîtra une mélodie. C'est abrupt et agressif.
Et sans s'en rendre compte on basculera sur ''Cougar". La transition est millimétrée pour ce titre qui flirte avec les 13 minutes. Malheureusement, ce ne sera pas le cas pour la fin de ce morceau, et un sentiment d'inachevé se fera sentir au fond de la gorge. Toutefois, pour en revenir à ce pavé qu'est ''Cougar", la surprise viendra du paradoxe suivant : réaliser un titre à la fois planant et extrêmement massif. Le fond de l'air est asphyxiant et pourtant on le respire à plein poumons. Une nouvelle fois le down tempo, mêlé à ces distorsions aiguës, insuffle un sentiment de malaise ambiant… un peu comme cela a pu être le cas du côté de la ville ukrainienne de Prypiat en 1986. Désolation et tristesse.
Arrive le quatrième et dernier titre de ce premier EP de A Snake Of June. L'amoureux des jeux de mots que je suis a été séduit par le nom du morceau : "Clint Is Wood". Je l'ai été un peu moins dans un premier temps par le titre en lui-même. Non pas qu'il soit moins bon, mais plutôt parce qu'il casse la logique que A Snake Of June s'est appliqué à construire avec ses trois premiers titres. On se retrouve ainsi confronté à un court morceau qui accélère – et pas qu'un peu – alors que l'on restait notamment sous le long coup de massue de ''Cougar". Il est vrai qu'il s'agit d'un EP, donc d'un sample de ce que peu réaliser A Snake Of June. Parions que sur une épreuve plus longue d'autres titres de ce calibre viendront tempérer cette cassure de rythme.
Au terme de ce 1er EP de A Snake Of June, le sentiment qui prédomine est la surprise. Même si la mise en bouche ne dévoile pas de suite toutes les saveurs de ces quatre titres, le travail proposé par les bergeracois est plutôt réussi. C'est un pari que de choisir un projet musical à l'ossature si particulière, mais le résultat est dépaysant. Il reste toutefois des détails à améliorer mais A Snake Of June s'est fabriqué une empreinte sonore singulière. Après on aime ou on n'aime pas cette originalité… mais ça c'est une autre histoire.
Et voici ''Eons'' en live pour ceux qui veulent les découvrir :
- Sylvain Roncari (Chant)
- Olivier Baubau (Basse)
- Maxime Boisseau (Basse)
- Nick Tariton (Batterie)
- La Montagne Est Belle
- Eons
- Cougar
- Clint Is Wood











